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MALCO


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Joined: 27 Dec 2007
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PostPosted: Wed 16 Jan - 19:08 Reply with quoteBack to top

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Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent  
 
 
Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front. 
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime. 
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime. 
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour, 
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour. 
C'est le prophète saint prosterné devant l'arche, 
C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche. 
Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins. 
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains. 
Car de son vague ennui le néant les enivre, 
Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre. 
Inutiles, épars, ils traînent ici-bas 
Le sombre accablement d'être en ne pensant pas. 
Ils s'appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule. 
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule, 
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non, 
N'a jamais de figure et n'a jamais de nom ; 
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère, 
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère, 
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus, 
Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus. 
Ils sont les passants froids sans but, sans noeud, sans âge ; 
Le bas du genre humain qui s'écroule en nuage ; 
Ceux qu'on ne connaît pas, ceux qu'on ne compte pas, 
Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas. 
L'ombre obscure autour d'eux se prolonge et recule ; 
Ils n'ont du plein midi qu'un lointain crépuscule, 
Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit, 
Ils errent près du bord sinistre de la nuit. 
 
Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière 
Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière, 
Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l'on va, 
Rire de Jupiter sans croire à Jéhova, 
Regarder sans respect l'astre, la fleur, la femme, 
Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l'âme, 
Pour de vains résultats faire de vains efforts, 
N'attendre rien d'en haut ! ciel ! oublier les morts ! 
Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères, 
Fiers, puissants, ou cachés dans d'immondes repaires, 
Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ; 
Et j'aimerais mieux être, ô fourmis des cités, 
Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues, 
Un arbre dans les bois qu'une âme en vos cohues ! 
 
Victor Hugo (1802-1885)  
 

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Ajouter de la vie aux jours lorsqu'on ne peut plus ajouter de jours à la vie.
ghadames
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PostPosted: Wed 16 Jan - 19:34 Reply with quoteBack to top

Et Rose a vécu ce que vivent les roses, l'espace d'un matin....

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le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas
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MALCO


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PostPosted: Fri 18 Jan - 18:26 Reply with quoteBack to top

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LA VIE PROFONDE 

Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !

Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre ;
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise
 
 
Anna de Noailles (1876-1933)  

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MALCO


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PostPosted: Sat 19 Jan - 18:01 Reply with quoteBack to top

Poèmes pour l'Algérie heureuse   
ASSIA DJABAR   
 
Image   
 
Neiges dans le Djurdjura
Pièges d'alouette à Tikjda
Des olivettes aux Ouadhias  
On me fouette à Azazga 
Un chevreau court sur la Hodna 
Des chevaux fuient de Mechria 
Un chameau rêve à Ghardaia Et mes sanglots à Djémila 
Le grillon chante à Mansourah 
Un faucon vole sur Mascara 
Tisons ardents à Bou-Hanifia Pas de pardon aux Kelaa  
Des sycomores à Tipaza  
Une hyène sort à Mazouna   
 
 
 
Le bourreau dort à Miliana Bientôt ma mort à Zémoura
Une brebis à Nédroma 
Et un ami tout près d'Oudja 
Des cris de nuit à Maghnia Mon agonie à Saida  
La corde au cou à Frenda  
Sur les genoux à Oued-Fodda 
Dans les cailloux de Djelfa La proie des loups à M'sila  
Beauté des jasmins à Koléa  
Roses de jardins de Blida  
Sur le chemin de Mouzaia Je meurs de faim à Médea  
Un ruisseau sec à Chellala  
Sombre fléau à Medjana 
Une gorgée d'eau à Bou-Saada Et mon tombeau au Sahara 
Puis c'est l'alarme à Tébessa 
Les yeux sans larmes à Mila 
Quel Vacarme à Ain-Sefra On prend les armes à Guelma 
 
L'éclat du jour à Khenchla
Un attentat à Biskra
Des soldats aux Nementcha Dernier combat à Batna  
Neiges dans le Djurdjura 
Piéges d'alouette à Tikjda 
Des olivettes aux Ouadhias Un air de fête au cœur d'El Djazira  
 
 
 
 

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caramel
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PostPosted: Sat 19 Jan - 21:07 Reply with quoteBack to top

une pure merveille ! merci MALCO Okay

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Pleure ! les larmes sont les pétales du coeur

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caramel
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PostPosted: Fri 25 Jan - 14:43 Reply with quoteBack to top

posté le 23 Janvier par Pelican

Le poète n'écrit presque  jamais  la réflexion ,le prosateur n'est juste et profond que par elle .Le poète  doit la sentir , et plus profondément encore  que le prosateur Il faut au poète le jet de l'âme,l'idée mère ;il s' y attache ,et cependant peut-il se résoudre à perdre le fruit de la réflexion?s'il n'a que quatre lignes à écrire ,il faut donc que le reste y entre;de là ce qu'on nomme la poésie .Dans tout vers remarquable d'un vrai poète ,il y' a deux ou trois fois plus que ce qui est dit;c'est au lecteur à suppléer le reste ,selon ses idées ,sa force ,ses goûts .Parlons de la mélodie.Tout le monde  la sent.La poésie est si essentiellement musicale  qu'il n' ya pas de si belle pensée devant laquelle  le poète ne recule si la mélodie  ne s'y trouve pas ,et, à force de s'exercer  ainsi ,il en vient à n'avoir non seulement  que des paroles ,mais que des pensées mélodieuses.pour celui qui écrit en prose , il y'a bien  si l'on veut ,une sorte de dégoût qui évite les dissonnances ,et une certaine recherche  de la grâce  qui groupe  les mots  les plus proprement  possible ;mais ;si cette recherche  et ce goût préoccupent  seulement , un peu  trop l'écrivain ,c'est une puérilité  qui ôte  le poids  à la pensée.Il y'avait un prosateur à l'antiquité  qui écrivait  en vers de huit pieds ;je crois  que c'était Marmontel.Rousseau raconte de lui-même qu'il a passé quelquefois  une nuit à faire une période .Si cela  les amusait ,à la bonne heure !mais c'était bien inutile ; un mot suffit  pour le prouver :la prose n'a pas de rythme déterminé et sans le rythme ,la mélodie n'existe pas .Or ,du moment  qu'un moyen  qu'on emploie n'est pas une condition nécessaire  pour arriver au but qu'on veut atteindre ,à quoi bon?Le poète , au contraire , a pour première loi ,pour  conditions indispensables ,le ryhtme  et la mesure .Son talent n'existe pas indépendamment  de ces lois ,mais  par elles ; le rythme  est sur  ses lèvres ,la mesure  dans sa gorge :sans eux il est muet .Cher lecteur ,il ne s'agit pas d'un cours de littérature .Mon but n'est pas de faire  une comparaison  et  de prouver  que le prosateur   est un piéton  et le poète  est un cavalier....

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caramel
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PostPosted: Fri 25 Jan - 14:44 Reply with quoteBack to top

*Mineur ,qui dans un  puits cherchais un diamant.
*Je suis venu trop tard  dans un monde trop vieux.

*L'abreuvoir est public ,et qui veut vient y boire.

*Ma poche est comme une île escarpée et sans bords ,on n'y saurait rentrer quand on est dehors.

*Mes chers amis ,quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière,
J'aime son feuillage éploré...

*Poète ,prends ton luth et me donne un baiser.

*Les plus désespérés sont les chants les plus beaux ,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.

*Lorsque le pélican ,lassé d'un long voyage...

*Partout où j'ai touché la terre
Sur ma route est venu s'asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressembalit comme un frère .

*O Muse que m'importe ou la mort ou la vie ?
J'aime et je veux pâlir;j'aime  et je veux souffrir...

*Il faut aimer sans cesse ,après avoir aimé.

*Le malt dont j'ai souffert s'est enfui comme un rêve.

*Qu'est-ce donc qu'oublier, si ce n'est pas mourir?

*A défaut du pardon, laisse venir l'oubli.

*Le carnaval s'en va ,les roses vont éclore...

*Si vous croyez que je vais dire
Qui j'ose aimer,
Je ne saurais pour un empire ,
Vous la nommer.

*Mais toute puissance sur terre
Meurt quand l'abus en est trop grand...

*Ce n'était que Molière ,et nous savons de reste
Que ce grand maladroit ,qui fit un jour Alceste,
ignora le bel art de chatouiller l'esprit
Et de servir à point un dénoûment bien cuit.

*Quelle mâle gaité ,si triste et si profonde
Que,lorsqu'on vient d'en rire ,on devrait en pleurer!

*J'ai perdu ma force et ma vie
Et mes amis et ma gaîté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.


*Il n'est pire misère
Qu'un souvenir heureux dans les jours de douleur?

*Un souvenir heureux est peut-être sur terre
Plus vrai que le bonheur.

*Le jour ou l'Hélicon m'entendra sermonner,
Mon premier point sera qu'il faut déraisonner.

*Adieu,Suzon,ma rose blonde
Qui m'as aimé pendant huit jours.

*Le retour fait aimer l'adieu.

*En vérité ,ce siècle est un mauvais moment.

poême posté par Pelican

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caramel
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PostPosted: Fri 25 Jan - 14:46 Reply with quoteBack to top

Vois-tu ce bel enfant à l'air triste  et rêveur? Sit'approchant de lui,d'une ardeur empressée
Tu cherches  dans ses yeux  à lire sa pensée
Il sourit doucement  en te serrant la main
Laisse moi seul dit-il et t'éloigne soudain
Il écrit  et ses doigts laissent tomber sa plume
Et ses regards errants ,saisissent au hasard  quelques mots parcourus.
Ses yeux lisent lisent encore ,son âme ne lit plus
Mais des pleurs ont coulé sous sa paupière humide.
Poursuit le souvenir de sa forme idéale comme un écho qui meurt ,un parfum qui s'exale.

poême posté par Pelican


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PostPosted: Sat 26 Jan - 22:26 Reply with quoteBack to top

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ImagePosté le: Aujourd’hui à 22:16ImageImageImageImage

Qu'ai-je fait? qu'ai-je appris?Le temps est si rapide!L'enfant marche joyeux ,sans songer au chemin .Il le croit infini,n'en voyant  pas la fin.

Ö vieillesse! à quoi sert donc ton  expérience ?que te sert,spectre vain,de te courber d'avance vers le commun tombeau des hommes,si la mort se tait en y rentrant ,lorsque la vie  en sort?N'existait-il donc pas à cette loterie un joueur par le sort assez bien abattu pour que ,me rencontrant sur le seuil  de la vie ,il me dit en sortant:N'entrez pas ,j'ai perdu!

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Là où le coeur est bon la douleur est saine.

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MALCO


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Souriez à la vie  
 
 
Souriez à la vie
Souriez à l'amour
Souriez au bonheur de chaque jour
Il y a des circonstances qui blessent
La vie moderne, le stress
L'âge qui vous agresse
Un être qui vous délaisse
Ayez ce réflexe
Souriez à la vie
Souriez à l'amour
Souriez au bonheur de chaque jour
La vie est ainsi faite de hauts et de bas
Il faut l'affronter sans baisser les bras
Aussi longtemps qu'il le faudra
Montrez-lui que vous ne vous résignez pas
Ayez ce réflexe
Souriez à la vie
Souriez à l'amour
Souriez au bonheur de chaque jour
Le jour où vous avez le sentiment qu'il n'y a plus rien à faire
Que la vie vous a injustement marqué au fer
Et que vous ne contrôlez plus votre colère
Jusqu'à en vouloir à toute la Terre
Ayez ce réflexe que je préfère
Souriez à la vie
Souriez à l'amour
Souriez au bonheur de chaque jour
 
 
Poète Algérien Anonyme 


 

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Poésie algérienne
par Claude Raynaud


La poésie algérienne fleurit véritablement à partir de 1954. A cette époque, la principale source d'inspiration est la guerre d'Algérie. Paradoxalement, l'œuvre d'un écrivain d'origine européenne, Jean Sénac, domine la production littéraire par son abondance et par sa qualité et, comme Laâbi au Maroc, il va influencer la poésie de deux générations d'écrivains algériens.
Dès les années 1966, où l'on commence à se rendre compte que l'indépendance n'a pas apporté de solutions à tous les problèmes, une poésie nouvelle crie son malaise d'être, son impatience de s'affirmer, sa soif de retour au tréfonds, sa faim de vivre pleinement. 
Les problèmes que les poètes soulèvent au travers de thèmes comme le désenchantement, la sexualité, l'amour, le socialisme, concernent aussi bien l'Algérie que l'homme en général. C'est dire que leur poésie tend vers l'universalité et, comme moyen de contestation, fait écho aux préoccupations de l'homme moderne. 
Engagée partout où la plus claire intensité de l'homme est en péril, la poésie algérienne élève son chant sur de constantes barricades, rejoignant par là bien souvent le groupe marocain de Souffles.  
Cependant, les poètes algériens n'ont garde d'oublier que l'amour en général est aussi un combat et l'inaliénable racine. En cela, ils sont les héritiers vulnérables, incorruptibles, des poètes arabes, des poètes andalous, de Lorca, de Nazim Hikmet ou d'Eluard… bref de tous ces chantres du besoin d'aimer. Comme Eluard, ils réclament " la liberté absolue de parole ". Un nouveau visage de la Beauté prend forme, convulsive et sereine, baroque et limpide. 
 
Malgré l'indépendance et le progrès économique, les poètes algériens ressentent un profond malaise dû au fait qu'ils ont conscience d'être d'une certaine manière encore colonisés à la fois par les imams et par la bourgeoisie dont ils dénoncent la mainmise sur les postes-clés du pays. D'où le profond désenchantement qui pousse les poètes à se révolter violemment contre la religion restée traditionnelle, réduite à un ensemble de rites et ressentie par les auteurs comme une espèce de carcan. Youcif Sebti écrit avec ironie dans " Espérance désespérée " : " Une mosquée prétend percer le ciel. Un minaret enfonce les prières dans la terre. L'imam acquiesce sous l'aveu du censeur. Une usine désintègre les illusions. Une mosquée investit à très très très très très très long terme ".  
Sebti semble avoir voulu " désacraliser " la mosquée et nous la présenter comme un bâtiment quelconque, par exemple une usine. Dans la deuxième phrase, il va plus loin encore dans la critique en jouant sur l'antithèse " minaret-terre " : le minaret nous est présenté dévalorisé puisque normalement sa raison d'être consiste à " élever " les prières vers le ciel. Enfin la mosquée est démythifiée dans les deux premiers vers : elle est assimilée à une véritable entreprise financière. 
Le sens profond de ce parallèle entre mosquée et usine montre que celle-ci nous fait prendre conscience de la réalité contemporaine, laquelle forme contraste avec les illusions entretenues par la religion. En outre l'emploi du verbe " désintégrer " évoque les difficultés grandissantes rencontrées par l'islam pour se maintenir face au développement industriel et qui ont pour conséquence une recrudescence d'autorité. 
On ne peut que se sentir aliéné dans cette société divisée entre le progrès d'une part et le statisme ou le recul d'autre part. 
Les poètes algériens contestent également la condition de la femme dans le mariage, événement marquant, pour la femme, le début de son asservissement.  
Rachid Boudjedra évoque dans un texte émouvant la situation dramatique de la femme mariée sans amour et destinée à un avenir terne et monotone : 
 
" La peur
Le marié 
Le bonheur 
Et le cœur qui bat la chamade 
Gigantesque. 
 
Le marié 
Le bonheur 
La chemise en sang 
La honte des voisins. 
 
Une nuit 
Un viol 
Légalisé 
Béni 
Encensé 
La chemise en sang 
La honte des voisins 
Les gouttes de sueur 
Et le cœur qui bat la chamade 
Gigantesque. 
 
Puis la cuisine à faire 
Les langes à laver 
Les coups à esquiver 
Et les gosses à refaire 
Jusqu'à n'en plus pouvoir. 
Et la fête continue 
Sans le moindre sourire. " 
 
R. Boudjedra, extrait de " Pour ne plus rêver ", Alger, E.N.A., 1965.
 
Texte qui décoche ses traits dans une langue aux rythmes cassés, reflet déséquilibré de l'Eros insatisfait et cruellement enraciné.  
Ce thème du triste sort de la femme a été repris par plusieurs poètes algériens : Youcef Sebti (" Nuit de noces "), Hamid Skif (" Chanson pédagogique couscous "), Rachid Bey, Boualem Abdoun (" Cantique de l'Obsédé "), Djamal Imaziten (" Silence positif "). 
 
L'acte poétique est motivé par l'humain ou par la solidarité. Les poètes algériens ne se préoccupent pas uniquement de la destinée de leurs concitoyens. Comme certains poètes marocains, ils sont émus par les événements de Palestine, mais ils se défendent d'être racistes. Et s'ils s'opposent à l'attitude impérialiste des Sionistes, ils restent solidaires des juifs qui ont souffert du nazisme. Témoin ce beau texte de Malek Haddad, composé lors de la Guerre des Six-Jours et intitulé " Je suis chez moi en Palestine ". Le poème frappe par sa facture classique constituée d'alexandrins, où la césure séparant les deux hémistiches est nettement marquée, ce qui donne une certaine force à l'ensemble. 
 
" Ne croyez pas surtout surtout n'allez pas croire
Que j'oublie Nuremberg et que j'oublie Dachau 
Mais là je suis chez moi chez moi dans ma mémoire 
Dans ce Moyen-Orient où l'intrus est de trop 
 
Ne croyez pas surtout surtout n'allez pas croire 
Que j'oublie Varsovie devenant Polonaise 
Ni les trains qui drainaient la mort au crématoire 
Mes frères par millions hurlant dans la fournaise 
 
Ne croyez pas surtout surtout n'allez pas croire 
Que j'appelle à la haine en saluant nos tanks 
Je n'oublierai jamais dans la Nuit le Brouillard 
Le regard angoissé de ma sœur Anne Frank 
 
Mais là je suis chez moi chez moi en Palestine 
Chez moi parce qu'Arabe Arabe à en mourir 
Arabe dans les yeux Arabe en ma poitrine 
De Damas en danger à notre El-Djazaïr ". 
 
Malek Haddad, extrait du poème " Je suis chez moi en Palestine ", publié le 3 juin 1967 dans " An-Nasr ".
 
Le problème palestinien ne constitue pas la seule préoccupation des poètes. Loin de se refermer sur le panarabisme, ils expriment leur volonté de s'ouvrir aux pays en développement. Ainsi Hamid Skif nous rappelle dans ses textes que nous nous trouvons en face d'hommes dont la condition n'est plus humaine, que nous devons réaliser la nation commune et atteindre la conscience universelle, créer des hommes nouveaux capables de mener à bien une révolution pacifique. Cette expression " hommes nouveaux ", nous l'avons rencontrée chez A. Laâbi (dans " Races d'Atlantes ") et nous la découvrons également chez Mohammed Dib dans son roman " L'incendie " : il s'agit pour ces auteurs (et d'autres), d'une aspiration à l'homme total, dans ses dimensions universelles, une aspiration aux citoyens du monde solidaire.  
Vue utopique des choses, nous dira-t-on, mais comme l'écrivait Héraclite d'Ephèse : " Sans l'espérance, vous n'obtiendrez jamais l'inespéré ". 
Autre aspect des choses : l'homme nouveau doit être capable de se remettre en question, ce qui implique une lucidité continuelle. 
 
Rachid Boudjedra ressent ce besoin d'exprimer la société nouvelle avec tous ses impacts politiques et sociaux. Il redoute de se laisser aller à une existence trop confortable qui le détournerait de l'idéal recherché. Il nous l'explique dans ce beau texte intitulé " Le café " (écrit à la manière de J. Prévert) et où le poète prend tout à coup conscience de l'environnement matérialiste dans lequel il se trouve plongé égoïstement. 
 
" Le café "
 
" J'ai acheté  
Un paquet de cigarettes 
Un journal 
Et un rayon de soleil 
Et j'ai été m'attabler 
A la terrasse 
D'un immense café 
J'ai commandé 
Un lait 
Et j'ai disposé 
Mon paquet de cigarettes 
Mon journal 
Mon rayon de soleil 
Et mon verre de lait 
En ordre 
Je me suis bien calé 
Dans mon fauteuil 
Et j'ai commencé à lire 
Tranquillement 
Un instant après 
J'ai regardé 
Mon paquet de cigarettes 
Mon journal 
Mon rayon de soleil 
Et mon verre de lait 
Bien alignés 
Et je me suis demandé 
Si j'étais un révolutionnaire ". 
 
R. Boudjedra (in Sénac, " Anthologie de la nouvelle poésie algérienne ", Libr. Saint-Germain-des-Prés, 1971).
 
Vue utopique et naïve peut-être encore de ces poètes. Mais cela n'empêche pas que l'on puisse rêver au rôle considérable et qualitativement nouveau de la poésie dans le monde où, selon le mot de Maxime Gorki, " l'esthétique sera l'éthique de l'avenir ". Et Boualem Abdoun d'exprimer avec force : " Nous construirons une terre/plus belle, plus logique/Et l'idée de la création est dans tes prunelles de blé ". 
Cela me fait songer à la réflexion d'Henri Meschonnic sur le poème : " Un poème est un acte éthique. Et politique ". 
 
A l'opposé de la poésie dépouillée de Sebti ou de Boudjedra, s'élève la voix de Djamal Imaziten, nourri des lectures de Lorca, de Saint-John Perse ou de Lautréamont, et dont l'espèce de préciosité brute fait songer à Malcolm de Chazal ou à la fringale verbale de Khaïr-Eddine. Imaziten renoue avec la grande lyrique arabe, perpétuant un art de l'arabesque et nous faisant assister à sa " vision arachnidéenne ". 
 
" O Puissance Indicible à qui s'agrippe
l'espoir et tout espoir de vie meilleure 
mon âme s'est brisée comme château de sable 
et ma vertu et ma Sagesse exemplaires 
se sont égarées comme une vapeur d'alambic 
et mon corps n'a fait qu'un jet de flamme 
dans les crématoires de Berlin 
et ma cendre toute ma cendre de brûle-gueule 
gémit comme un taureau harponné 
au cœur vert de l'Espagne 
 
clameurs de coyotes interminables clameurs 
contre le pont de mon verbe éclate 
telle une vitrine de grand magasin 
et s'élance explorer les hauteurs impossibles 
s'éparpille et redescend disloqué sans échos 
en un sanglot qui se fige dans la rime 
 
Seigneur à l'heure du suspense 
avant que l'Etoile du Capricorne ne s'éteigne 
avant que la nuit cupide n'égorge la Lumière 
mon cœur pour la Rose battait à la célérité 
d'un mustang dans les hippodromes 
populaires de Barcelone 
Et puis seigneur cette Nuit Douce 
à qui j'ai filé un collier d'étoiles 
que j'ai arraché de la peau fluide de l'étang 
s'est dérobée à ma vue de centaure 
 
Seigneur si un jour vous avez le temps Seigneur 
ressuscitez-moi ne me prêtez point une âme 
je ne sais que faire avec et n'en veux pas 
plantez tout simplement une Rose de Grenade 
dans la froideur de la cendre ". 
 
D'autres poètes algériens ont publié des œuvres plus sereines, je pense à ce propos à Mostefa Lacheraf, à Malek Ouary et surtout à Mohammed Dib. Connu surtout comme romancier, Mohammed Dib est aussi l'auteur de recueils poétiques. Ecrivain éminemment lyrique : la poésie est partout présente, même dans ses romans. " Un roman ", déclare-t-il, " est une sorte de poème diffus ". Mohammed Dib porte sur le monde qui l'entoure un regard intériorisant. Les notations visuelles sont toujours très fortes dans ses œuvres et le lyrisme semble se diffuser comme une énergie envahissante : il se montre sensible à la nature, au cosmos, à l'enfance et à son vert paradis. Cette poésie émane à la fois de la terre et des symboles. 
Son admirable recueil " Ombre gardienne ", par exemple, est comme un murmure enivré dans lequel parfums et passions apparaissent d'autant plus intenses qu'ils ne s'étalent pas : 
 
" … Je marche sur la montagne
Où le printemps qui arrive 
Met des herbes odorantes, 
Vous toutes qui m'écoutez, 
Quand l'aube s'attendrira 
Je viendrai laver vos seuils 
Et je couvrirai de chants 
Les ululements du temps. " 
 
Beauté tendue de ces poèmes de par leur étrange profondeur à la fois nocturne et de soleil, au-dessus de laquelle passe un certain souffle, qui est évocation :  
 
" Ne me demandez pas 
Si le vent qui traîne 
Sur les cimes 
Attise un foyer ; 
Si c'est un feu de joie, 
Si c'est un feu des pauvres 
Ou un signal de guetteur… " 
 
Il n'y a jamais rien de trop dans la poésie de Mohammed Dib : pas de cris, pas de manifestations extérieures, si l'on peut dire : 
 
" … Je marche, je marche : 
les mots que je porte 
Sur la langue sont 
Une étrange annonce ". 
 
Poésie très subtile, savante, poésie digne où se noue et se dénoue une double tradition. 
 
En bref, les poètes algériens sont des hommes déchirés comme ceux de notre époque. Cette poésie est riche du mouvement et des freins de notre société, des aspirations profondes au progrès des hommes et des femmes. 
Moment poétique d'un moment historique, elle annonce le devenir, elle nous est proche et fraternelle. 
 
" Résurrection "
 
" Lorsque mon Rêve 
disloqué 
renaîtra à l'ultime manigance 
de votre Défaite 
le monde n'aura plus 
son absurde face d'aveugle 
et tous les spectres 
mutilés par vos flammes 
et tous les rêves 
écrasés sous vos doigts profanateurs 
se lèveront 
livides 
pour torturer vos insomnies 
et limer vos faces infâmes 
Livides 
D'un éternel 
J'ACCUSE ". 
 
Tahar Djaout, " L'arche à vau-l'eau ", éd. Saint-Germain-des-Prés, 1975.
 
 
" Partir "
 
" Partir et rien que partir 
Partir et pour toujours 
Ne plus revenir 
Ne plus attendre 
Voir du bleu et du blanc 
Du rouge et du merveilleux 
Aller à la rencontre du néant 
Sans le savoir sans le vouloir 
M'y enfoncer tout entière 
Les yeux fermés 
Me voir me sentir 
Mourir mourir 
Sentir d'instant en instant 
Se détacher de tout moi 
Tout ce que j'ai mal aimé 
Tout ce que j'ai haï 
Me voir morte sous une tombe blanche 
Sous la terre ma terre rouge sang 
Là-haut sur une montagne 
Entourée d'ombre et de silence 
De lumière folle et de chants 
Là-haut sur une montagne 
Une montagne près du soleil ". 
 
30 octobre 1974. 
 
" Vertueuses " 
 
" Ces femmes tranquilles 
A qui je ne mendierai 
Jamais leur sérénité 
 
Regardent le rivage sans plis 
De leur avenir 
Elles ont la certitude 
De leur Vertu 
 
Forcée à leur insu 
Par l'esclavage séculaire ". 
 
Février 1975. 
 
" Réveil " 
 
" Lève-toi ma sœur et tais-toi 
Va à la découverte 
À la Grande Découverte 
De ton pays aux mille plaies douloureuses 
 
Ne pleure pas ma sœur et serre les dents 
Marche sans crainte dans la ville malade ". 
 
Février 1975. 
 
Soumya Benkelma, Poèmes inédits.  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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ghadames
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PostPosted: Thu 31 Jan - 20:12 Reply with quoteBack to top

Bravo à Malco pour ces poésies pleines de sagesse et d'optimisme.

La Vie mérite donc d'être vécue!

Bien à vous

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le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas
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caramel
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PostPosted: Fri 1 Feb - 09:39 Reply with quoteBack to top

magnifique MALCO !!!! Okay

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Pleure ! les larmes sont les pétales du coeur

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MALCO


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Joined: 27 Dec 2007
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PostPosted: Fri 1 Feb - 14:25 Reply with quoteBack to top



Bonjour mes chers amis et merci pour vos messages. A vrai dire, je suis trés touché par vos encouragements. Merci pour vous et je vous souhaite à tous et à toutes une agréable journée. Embarassed          
 
Kateb Yacine
Il est, un plaisir plus doux qu'un poème,  
Et ce serait de vivre à tes genoux.
Parmi les éclats
De tes jeunes rires,
L'on entend siffler
L'oiseau des savanes,
 
Avec le murmure ailé du zéphyr
Et le chant plaintif des peuples d'amour...
Toi, mignonne aux yeux
Plus noirs que mon âme,         
Fais ma place dans ta couche douillette,
Je te chanterai des refrains de feu!...
Au cœur de la rose on meurt de parfums,
Ma lèvre frissonne au vent des baisers...
Plus rouge que sang
Fais couler ta lèvre!
 
Femme obscure et dont l'œil égale la rancune,
Prends-moi, voici l'instant des mêlées furieuses.
Que se parent de sang nos chairs voluptueuses!
Regarde! Me voici plus pâle que la lune,
Agenouillé devant l'image de ton charme...
J'attends. Et mon cœur passe d'alarme en alarme.
C'est l'instant de mon malheur,
L'heure
Où Décembre, en sa pâleur,
Pleure.
Mais, quoique toute clameur
Se meure,
En moi ton rire charmeur
Demeure...







Bachir Hadj Ali.        
 
Né le 10 décembre 1920 à Alger (Casbah). Interrompt ses études à 19 ans. Adhère au P.C.A. fin 1945. En 1948, rédacteur en chef de Liberté. Condamné à deux ans de prison avant 1954. Après l'indépendance, dirigeant du P.C.A. Arrêté en 1965; sera en résidence surveillée jusqu'en 1971. Réside actuellement à Hussein-Dey (Alger). Chants pour le 11 décembre (poèmes; Paris, la Nouvelle Critique, 1961; rééd.1963) ; Notre peuple vaincra (essai; Genève, éd. du Fennec, 1961) ; Culture nationale et révolution (conférence; tiré à part de la Nouvelle Critique, 1963) ; L'Arbitraire (récit suivi de poèmes : Chants pour les nuits de septembre; Paris, éd. de Minuit, 1966) ; Que ma joie demeure! (poèmes; Paris, Oswald, 1970; rééd. l'Harmattan, 1981) ; Le Mal de vivre et la volonté d'être dans la jeune poésie algérienne d'expression française (court essai; Alger, 1977) ; Mémoire-clairière (poèmes; Paris, Éditeurs fran­çais réunis, 1978) ; Actuelles Partitions pour demain (poèmes ; Paris, l'Orycte, 1980, avec des dessins de M. Khadda) ; Soleils sonores (Alger, E.N.A.G., 1985, avec illustrations de M. Khadda).         

Rêves en désordre        
 
Je rêve d'îlots rieurs et de criques ombragées.
Je rêve de cités verdoyantes silencieuses la nuit.
Je rêve de villages blancs bleus sans trachome.
Je rêve de fleuves profonds sagement paresseux.
Je rêve de protection pour les forêts convalescentes.
Je rêve de sources annonciatrices de cerisaies.
Je rêve de vagues blondes éclaboussant les pylônes.
Je rêve de derricks couleur de premier mai.
Je rêve de dentelles langoureuses sur les pistes brûlées.
Je rêve d'usines fuselées et de mains adroites.
Je rêve de bibliothèques cosmiques au clair de lune.
Je rêve de réfectoires fresques méditerranéennes.
Je rêve de tuiles rouge au sommet du Chélia.
Je rêve de rideaux froncés aux vitres de mes tribus.
Je rêve d'un commutateur ivoire par pièce.
Je rêve d'une pièce claire par enfant.
Je rêve d'une table transparente par famille.
Je rêve d'une nappe fleurie par table.
Je rêve de pouvoirs d'achat élégants.
Je rêve de fiancées délivrées des transactions secrètes.
Je rêve de couples harmonieusement accordés.
Je rêve d'hommes équilibrés en présence de la femme.
Je rêve de femmes à l'aise en présence de l'homme.
Je rêve de danses rythmiques sur les stades.
Et de paysannes chaussées de cuir spectatrices.
Je rêve de tournois géométriques inter-lycées.
Je rêve de joutes oratoires entre les crêtes et les vallées.
Je rêve de concerts l'été dans des jardins suspendus.
Je rêve de marchés persans modernisés.
Pour chacun selon ses besoins.
Je rêve de mon peuple valeureux cultivé bon.
Je rêve de mon pays sans tortures sans prisons.
Je scrute de mes yeux myopes mes rêves dans ma prison.







 
 
 
 
 
                                         

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MALCO


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Anna GREKI

Pseudonyme d'Anna Colette Grégoire, épouse Melki. Née le 14 mars 1931 à Batna, dans les Aurès. Enfance à Menaâ, où son père était instituteur. Études primaires à Collo, secondaires à Philippe-ville (Skikda), supérieures à Paris. Interrompt sa licence pour s'engager dans la résistance. Institutrice à Bône puis à Alger. Milite au P.C.A. Arrêtée en 1957, Barberousse. En novembre 1958, est transférée au camp de Beni Messous. Expulsée, fin 1958. Rejoint Tunis. Rentre en Algérie en 1962. Achève sa licence de français en 1965 et est professeur de français au lycée Abdelkader. Meurt brutalement le 6 janvier 1966 à Alger, laissant, sur le plan littéraire, des textes inachevés, dont un roman.
Algérie, capitale Alger (Paris, P.-J. Oswald - Tunis, S.N.E.D., 1963 avec une préface de M. Lacheraf) ; Temps forts (Paris, Présence africaine, 1966).


J'habite une ville si candide
Qu'on l'appelle Alger la Blanche
Ses maisons chaulées sont suspendues
En cascade en pain de sucre
En coquilles d’œufs brisés
En lait de lumière solaire
En éblouissante lessive passée au bleu
En plein milieu
De tout le bleu
D'une pomme bleue
Je tourne sur moi-même
Et je bats ce sucre bleu du ciel
Et je bats cette neige bleue du ciel
Bâtis sur des îles battues qui furent mille
Ville audacieuse Ville démarrée
Ville au large rapide à l'aventure
On l'appelle El Djezaïr
Comme un navire
De la compagnie Charles le Borgne.
In. Algérie, Capitale Alger. Editions S.N.E.D. Tunis1963 
 

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Malek HADDAD


Né le 5 juillet 1927 à Constantine; mort le 2 juin 1978 à Alger. Études primaires et secondaires. Bref passage dans l'enseignement. En 1954, fait des études de droit à Aix-en-Provence. Voyage, puis collabore à des revues et hebdomadaires. Tentative de travail en Camargue, puis Paris, radiodiffusion. Effectue des missions pour le F.L.N. en U.R.S.S., en Égypte et en Inde. Après 1962, dirige, à Constantine, la page culturelle d'An-Nasr (1965-1968). D'avril 1968 à août 1972, directeur de la culture au ministère de l'Information et de la Culture. S'occupe du premier colloque culturel national (31 mai-3 juin 1968) et du pre­mier festival panafricain en 1969. En juillet 1972, est conseiller technique chargé des études et recherches dans la production culturelle en fran­çais. Après l'indépendance, a décidé d'arrêter d'écrire puisque le français, qu'il utilisait, le sépa­rait de ses « vrais » lecteurs. Une entorse en 1967 un poème pour la Palestine. Quelques articles. Le Malheur en danger (poèmes; Paris, la Nef, 1956) ; La Dernière Impression (roman; Julliard, 1958) ; Je t'offrirai une gazelle, (roman; Julliard, 1959) ; L'Élève et la leçon (roman; Julliard, 1960) ;Le Quai aux fleurs ne répond plus (roman; Julliard, 1961) ; Écoute et je t'appelle (poèmes; Maspero, 1961, précédés de « Les zéros tournent en rond », essai).


ILS VONT DANS LA LÉGENDE

Ils vont dans la légende
Et la légende ouvre ses bras

Je leur avais parlé
J'avais senti leur main
Ils avaient des enfants et même des défauts
Comme ils savaient sourire alors qu'il faisait nuit

Je les retrouve en achetant
Un journal
Ils étaient mes amis ils n'étaient pas des mots
Des chiffres ou des noms
Ils étaient mille jours et dix ans de moi-même
Le repas qu'on partage
La cigarette de l'ennui
Ils savaient mes enfants
Je leur donnais tous mes poèmes
Ma mère aimait leur cœur
Ils étaient mes copains
Je leur avais parlé

Ils vont dans la légende
Et la légende ouvre ses bras
Et ils sont devenus une âme et ma patrie
Je ne verrai jamais mon copain le mineur
Son sourire éclairait son regard d'amertume
Mon copain le boucher et l'autre instituteur

Et je m'excuse
D'être vivant
Je suis plus orphelin qu'une nuit sans la lune

Ils vont dans la légende

Et la légende ouvre ses bras...

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MALCO


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Rachid BOUDJEDRA

Né le 5 septembre 1941 à Aïn Beïda. Envoyé par son père en Tunisie pour ses études secondaires. Sept ans au collège Sadiki, En 1959, à 17 ans, maquis. Après des blessures, voyages dans les pays de l'Est. Représentant du F.L.N. en Espagne et retour en Algérie en 1962. Responsable étu­diant. Termine licence de philosophie à la Sor­bonne en 1965. Professeur ensuite au lycée de jeunes filles de Blida, De 1969 à 1972, est en France, puis de 1972 à 1975 au Maroc, à Rabat. II revient ensuite en Algérie où il enseigne dans le supérieur. En octobre 1977, est conseiller au ministère de l'Information et de la Culture. Lec­teur à la S.N.E.D., il tient des chroniques littérai­res en arabe et en français, dans différents orga­nes de presse. Personnalité de la vie culturelle algéroise.
1965 : Pour ne plus rêver (poèmes; Alger, S.N.E.D. ; rééd. 1981
1969 : La Répudiation (Paris, Denoël ; rééd.).
1971: Naissance du cinéma algérien (essai; Paris, Maspero) et La Vie quotidienne en Algérie (essai; Paris, Hachette).
1972 : L'Insolation (roman; Paris, Denoël) et Journal palestinien (Paris, Hachette; rééd. SNE.D., 1982).
1975 : Topographie idéale pour une agression caractérisée (roman; Paris, Denoël ; rééd.). 1977 : L'Escargot entêté (roman; Paris, Denoël ; rééd. avec illustration de Wolinski, 1982). 1979: Les 1001 Années de la nostalgie (roman; Paris, Denoël).
1981: Le Vainqueur de coupe (roman; Paris, Denoël). A partir de ce roman, Boudjedra publie d'abord son roman en arabe et en propose une traduction en français. Toutefois, pour Le Déman­tèlement (Paris, Denoël, 1982), l'auteur a parlé de réécriture (traduit de l'arabe Ettafakouk, par l'auteur). Ensuite donne des traductions, seule­ment pour le français : 1985, 1987 ; le dernier étant La Prise de Gibraltar (Maarakat ez zoukak).

DROIT DE REPONSE

Vous pouvez toujours
Mes massacrer les yeux
Me torturer les ongles
Me crevasser le cœur
J'aurai quand même
Un sourire d'enfant
Capable de vous anéantir
Vous pouvez toujours
Briser ma voix
Casser mes muscles
Taper dans mes idées
Vous n'empêcherez jamais
Mon sang
De battre dans mes mains
Vos haines ?
J'en fais des lames de rasoir
 Pour me raser tous les matins
Vos mots ?
Je les transforme en ballons de baudruche
 Pour les offrir aux fillettes de mon quartier
Vos regards ?
J'en fais des soleils tièdes
Pour les épingler sur les neiges sibériennes
Voilà tout !

Pour ne plus rêver. Ed.S.N.E.D., Alger 1980






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Survival


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PostPosted: Fri 1 Feb - 22:02 Reply with quoteBack to top

 Je ne trouve pas de mots pour exprimer vraiment ce que vous " Malco" êtes en train de faire afin d'éclairer nos lanternes . Chose qui va de même pour "caramel" . Vous faites le tour de tout ce qui est beau dans la vie de l'être qui pense . Il s'avère même d'une grande utilité pour ceux qui , pour une raison où une autre , ont mis fin au processus de lecture en dehors des quotidiens ( journaux) de tous les jours . Dommage qu'il n'y ait pas acte de riposte littéraire ... Et pourtant ...   Exclamation   
 
P.S /   Si l'homme est ingrat , l'humanité est reconnaissante .  
                      [ François René de Chateaubriand ]  

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Si la lueur des cerisiers fleuris sur les collines durait plus longtemps que quelques jours , nous l'aimerions aussi tendrement .
caramel
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PostPosted: Wed 6 Feb - 10:35 Reply with quoteBack to top

Pierre de Ronsard <